Sacré Robert... (éloge funèbre)

© Michel Goubin
goubin@mail.pf

nous propose ce petit éloge funèbre, à
destination d'un pote,virtuel et unijambiste,
qui aurait pu s'appeler Robert de son vivant.

Robert, mon cher vieux Robert, nous sommes tous là aujourd'hui autour de toi, pour t'accompagner jusqu'à ta dernière demeure, jusqu'au club house des défunts . Tu nous as quittés depuis seulement deux jours, mais il semble qu'une éternité se soit glissée entre nous.
Tu ne nous attendras plus, mon cher vieux Robert, sous le cocotier du 18 . Lorsque nous abordions le dernier dog-leg du parcours, nous aimions pourtant tellement apercevoir par dessus le lac ta silhouette attentive …
Tu savais trop combien de parties avaient été ruinées par ce maudit dog-leg, et sous ton cocotier, tu étais à l'endroit idéal pour apprécier, ou t'amuser .
Ce n'est pas dix fois ou vingt que tu nous as attendus sous ton cocotier, mais cent, mais deux cents fois peut-être… Tu vas nous manquer, mon vieux Robert, on avait tellement l'habitude de t'apercevoir assis à l'ombre, qu'on ne pourra sûrement plus passer par là sans penser à toi . Combien de fois, depuis que ce maudit accident t'avait privé d'une de tes jambes, (sans doute étais-tu le seul handicapé au monde à avoir fait souder une tête de putter à l'une de ses béquilles, et à prétendre que c'était pas parce que tu avais perdu une jambe que tu devais perdre aussi la main !...), combien de fois donc, parce que tu savais que nous n'allions pas tarder, t'es-tu installé sous le cocotier du 18 pour nous attendre, afin de boire une bière en compagnie et nous raconter quelque histoire drôle, souvent scabreuse, glanée on ne sait où… .
Sacré Robert… Tu as dû en voir des balles pitcher le green, tu as dû en voir des gens pester ou sauter de joie, et les entendre chanter, ou crier…
Tu étais-là pour applaudir Philippe quand il a joué dans le par, tu étais là quand Christophe a shooté dans sa balle, de rage d'avoir manqué son putt, tu as ri quand Roger de dépit, a pioché le green d'un violent coup de son putter!
C'est sous ce cocotier du 18 que tu nous as, à chaque fois, attendus pour fêter nos victoires au Challenge du Pekin Duck, et lorsqu'à la suite de manœuvres sur lesquelles je ne m'étendrai pas aujourd'hui, nous l'avons perdu, tu nous as accompagnés pour manger et rire au restaurant du Nuhutere… Ah quelle fête…

Je terminerai ce petit discours d'amitié en évoquant deux anecdotes parmi toutes celles qui auraient mérité d'être rappelées . Tous tes amis présents ici, s'en souviennent forcément… Comment auraient-ils pu oublier ce jour où, sans doute fatigué par la chaleur excessive, tu t'étais assoupi à la douce fraîcheur de l'ombre du cocotier . Et ce n'est que lorsque le dernier putt fut enquillé que tu ouvris un œil, puis les deux, et que tu nous rejoignis à grands coups de béquilles en claironnant : "Ha ha, je vous ai bien eus, hein, vous avez tous cru que je dormais !!!" Bien sûr que nous l'avions cru puisque… c'était vrai…
Et ce jour, où tu nous attendais avec des Thermos de punch glacé que nous avons siroté tous ensemble, dans les rires à l'évocation, qui d'une sortie malheureuse de bunker autour du green du 1, qui d'une tentative de passage en force à travers le feuillage des pamplemoussiers, qui encore du sauvetage miraculeux du par, au 4, après avoir commencé par embarquer une première balle hors limites!

Robert, vieille fripouille, depuis que ta femme t'avais quitté, que ton canari s'était échappé et que ton vieux chien était mort, tu nous le répétais souvent, nous étions ta seule famille… Alors, permets à "l'aîné de tes enfants" de t'adresser ce salut amical et fraternel, par delà l'univers qui nous sépare aujourd'hui . Notre bon, notre vieux pote Robert, au nom de tous tes amis, je te dis donc adieu, ou plutôt au revoir, car s'il y a un terrain de golf au paradis, il est sûr que nous nous y retrouverons tôt ou tard !

Mais de grâce Robert, pour nous attendre à côté du green du 18, prends le temps de bien choisir ton arbre, évite surtout de choisir un cocotier, cela t'évitera de prendre, pour la deuxième fois, une noix de coco sur la gueule !

© Michel Goubin

Autres textes
Page Accueil


Nous vous rappelons que tous les textes et dessins publiés dans ce site restent la propriété intégrale de leurs auteurs .
Toute utilisation non explicitement autorisée de ces documents est donc interdite .